Il répéta trois fois de suite son prénom. Son prénom... il était si banal mais elle le portait comme une évidence. 
Ils discutèrent, côte à côte, les yeux attirés par les gens qui passaient, comme s'il s'agissait de la première fois : "Que fais-tu, ici ?", mais comme s'ils se connaissaient depuis toujours. Ses joues rougissantes, elle le quittait.

"je dois partir, je t'offre un café demain". 

Il s'était contenté de lui offrir un sourire pincé avec les yeux qui brûlent et il l'avait regardée, s'éloignant, avec sa longue jupe qui retenait la poussière du sol. Elle disparaissait de l'escalier, il ne voyait plus que sa main sur la rampe. Il resterait silencieux, jusqu'au lendemain.

 

 

         Dans un jardin caché, elle ramassait un coquelicot et le regardait sur sa peau bronzée. Le vent s'était levé, un homme avec un chien courait, devant eux.
Des cris d'enfants, au fond du parc, et comme un ondin, ils entendaient la vague de pluie en translation, les arbres en étaient progressivement secoués, elle se rapprochait d'eux, jusqu'à s'écraser sur leurs visages tournés vers le ciel. Collés à un arbre aux feuilles larges, ils se laissaient faire, en fermant les yeux. Ils dégoulinaient, des gouttes d'eau glacée glissaient dans leur cou. Ils auraient pu pleurer, personne ne l'aurait remarqué. 

       Les vêtements étaient éparpillés dans la petite pièce poussiéreuse. Il ne voulait pas faire ses valises. Il la serrait contre lui et la respirait autant qu'il le pouvait. Elle se détachait de lui pour l'observer, recroquevillé sur son lit, comme un enfant capricieux. Elle n'aimait pas ce moment. 

- Lève toi...

Il lui disait combien il avait peur, en grimaçant, en sanglotant. Il se tapait la poitrine, de honte. 
Elle le quittait sur le pas de la porte. Les voitures la frolaient et mélaient ses cheveux. Leurs mains se séparaient. 
Elle traversait la route.

Ils auraient pu pleurer, chacun de leur côté. 

 

 

Elle s'arrêterait souvent, durant les semaines qui suivraient son départ, près de chez lui. Elle regarderait dans son rétroviseur le mur de sa chambre, noirci par les passages trop fréquents des bus. Les volets seraient impertinemment clos. Elle imaginerait sa chambre vide et les fleurs fanées sur sa table de nuit.

Coquelicot, Passiflore, Rose Trémière...