entrez dans ma vie

13 novembre 2011

Juste une goutte...

"Sais-tu que vous portez tous les deux le même parfum ? Je t'assure, exactement le même. J'ai mis du temps à m'en rendre compte parce qu'il ne sent pas sur lui comme il sent sur toi. Mais lorsque je vous ai salués successivement, j'ai compris ! J'adore ce parfum. Il le porte tellement bien. Oh mais toi aussi ! C'est juste que sur toi, il est différent. Tu crois que tu pourrais m'en prêter ? Juste un peu hein, quelques gouttes... Non, bien sûr, tu pars demain, garde le flacon, évidemment. Mais si je trouvais un récipient ? Je ne sais pas moi... Tiens ! regarde, une tasse à café ! Non ? Non...il va s'évaporer, tu as raison. Et dans ma bouteille d'eau ? Je me débrouille pour fabriquer un entonnoir. Pourquoi ? Et bien pour que ça  ne coule pas part.... Ah ! Pourquoi j'insiste ? Je, euh... parce qu'il me le faut, j'en ai besoin ! J'ai envie de le respirer. Hum...et si je vidais mon flacon de parfum, j'en mettrais à la place et je pourrais en vaporiser où je le désire. Quoi ? Comment ça je suis folle ? Tu préfères que je cale mon nez au creux de ton cou à chaque fois que l'on est ensemble ? Allons, j'en veux simplement trois gouttes. Mais enfin non je ne suis pas folle ! Je t'en prie ! Je suis juste... Non, mais ça n'a rien à voir avec la folie ! Que j'achète le flacon ? Peut être, tu as raison. Mais nous sommes dimanche ! Je...S'il te plaît, juste une goutte sur mon poignet...

 

Je te jure que je ne suis pas folle. C'est simplement que c'est un peu de lui, ce parfum. Mais juste un peu. Il y a tellement plus dans son cou, sur ses mains et tout autour de lui. Non, finalement, ce n'est pas lui. C'est aussi toi ! Et je ne peux pas penser à toi constamment, quand même ! Et je ne peux pas penser à lui. Je ne peux plus. Et je ne suis pas folle..."

 

postmichel

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15 mars 2011

Mes morts.

Hé ! Dis-moi... Toi aussi tu trouves que ma chambre est mal rangée ? Toi aussi tu joues, des fois ? J'espère, car maintenant tu as le temps. Moi, j'adore jouer. Et quand je serai grande, j'irai jouer dans ma chambre, dès que j'aurai du temps.

Pourquoi tu ne dis jamais rien ?

Aujourd'hui, Grand-mère m'a montré des photos de toi. Elle était triste. Tu ressembles à papa. Enfin, c'est lui qui te ressemble.

Tu as vu mon piano ? Je te jouerai un morceau, un jour.

Tu crois que tu m'aurais aimée ? Et d'ailleurs, est-ce que tu m'aimes ?

Je suis passée te voir l'autre jour. Je t'ai même porté des fleurs. Tu les as vues ? Peut être que tu n'y étais pas. ça m'a fait bizarre de voir ton prénom et ton nom, inscrits sur la plaque. C'est comme si tu étais un peu vivant. Les cimetières sont trop tristes. Tu as raison d'aller te promener.

C'est comment d'être invisible ? Moi j'aimerais l'être, parfois.
Tu es si silencieux. J'ai l'impression que tu es mort.

Et toi ? Pourquoi tu as fait ça ? Tu sais que ton frère est triste ? Tu sais qu'il nous raconte tout dans les détails, à chaque fois qu'on lui rend visite ? Il nous a même montré la corde. Il nous a dit que tu étais bleu. Je déteste savoir que tu as fini comme ça. Et puis, tu n'as rien expliqué.

 

Vous croyez que ça vaut le coup de se battre ? Je veux dire...tout ça, là, tous ces livres, ces papiers, ce temps que je perds, assise à mon bureau... ça paiera un jour ?
Vous ne dites rien ?

Ah, c'est peut être ça alors. Vous ne pensez plus, vous n'avez plus d'avis. Vous constatez, seulement.

Et je ne peux même pas lire dans votre regard...

Je me sens si seule, avec vous...

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20 février 2011

Cauchemar (suite).

"Elle ne s'y rendra plus. Dorénavant, elle se contentera de penser à lui. Son regard, ce soir là, avait suffit. Il n'avait pas eu à ajouter quoique ce soit. Il a tourné le dos et il est parti, sans un mot. Il lui échappait, définitivement. Elle avait compris, elle n'était plus la bienvenue.
Alors, elle effaçait. Les petits mots, les traces, les esquisses. Elle ne gardait rien. Relire ne la soulagerait plus, maintenant. Elle effaçait et disparaissait, par respect.

Tout ou rien ? Alors... rien.

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Que des souvenirs. Des souvenirs de ses petits pas précipités qui la menaient à lui, des viennoiseries qu'elle déposait tendrement dans sa cuisine, de ses yeux au soleil qu'elle aimait tant, de sa lutte incessante contre ce putain d'amour naissant.

Le grand vide. Elle affichait un sourire radieux et hurlait intérieurement. Elle déambulait dans des rues embrumées, conduisait machinalement, attendant que les panneaux stop virent au vert. Elle cherchait son parfum, tendait l'oreille, patientait. Rien. Il avait disparu.
Elle aurait tellement pu partir de chez lui le cœur léger, elle aurait aussi pu voir son nom sans avoir de mauvais frissons et le croiser sans que cela ne lui coupe les jambes.

Désormais, elle baissera la tête, se cachera dans ses cheveux, restera assise au comptoir, fixera le prix des consommations et se détestera, silencieusement. Rien. Juste le cœur qui suffoque.

FIN."

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14 janvier 2011

Rêve.

Lorsqu'elle se rend chez lui, elle trouve toujours le chemin trop court. Tout droit, puis à gauche. C'est un quartier calme. Elle se devine dans les vitres des voitures. Il fait rarement beau lorsqu'elle y va. Elle patauge sur un goudron accidenté et détrempé. Pas de bruit, juste un sifflet, parfois. Pas d'odeur particulière. Du vent, surtout. Arrivée dans La rue, elle se dit à chaque fois : "Déjà...". Elle voit d'ici le portillon sur lequel est inscrit son nom... Chaque pas a de l'importance, chaque pas a de plus en plus de poids. Elle a retenu l'ordre des maisons, la couleur des portails, les voitures qui stationnent. La dernière est rouge. Elle s'y regarde vaguement, une dernière fois, et pousse le portillon.


Ils se quittent toujours de la même manière. Il ne sourit pas, elle essaie. A la porte, elle lui adresse un dernier regard. Lui, non. Il baisse la tête et ferme. Elle capte le dernier souffle, elle prend avec elle les odeurs de chez lui, la sienne, comme si c'était la dernière fois. Et elle en a toujours l'impression. Elle se retourne et part en direction de la route. Ses pas sont encore plus lourds qu'à son arrivée. Elle aimerait être pieds nus, que le bruit de ses talons sur le béton ne gâche pas ce moment. Le jardin est éclairé par la lumière du salon, libérée par une large fenêtre. Son ombre passe, elle le voit, il évolue comme si tout était normal. La vie reprenait. Elle marchait dans le vent, encore. Ses cheveux lui fouettaient le visage, lui mettant sous le nez son odeur, son parfum dont ils étaient imprégnés. Elle le portait en elle. Puis il la quittait peu à peu. Il ne devait pas rester.
Elle ne devait plus y retourner. Elle faisait le chemin, une dernière fois. Pas une larme. Juste une tonne de questions.
Et le cœur qui pique, qui démange.

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28 octobre 2010

Salle de bain

26 octobre 2010 - 22h55.

        3 mètres sur 1. Le sol est le même que dans la pièce principale, un lino imitation parquet sombre. La vasque, la petite baignoire et les toilettes sont de couleur blanche. Il n'y a plus qu'un petit spot au dessus du miroir du lavabo qui éclaire.

La petite salle de bain est sombre. Je m'y enferme. C'est la fin de la journée. J'ai les oreilles qui bourdonnent, la tête remplie de déchiffrages chantés, d'actes de colloques, d'images d'étudiants moutons et tristes et de divergences esthétiques. Le pull que je mets le matin avant de sortir de chez moi me sauve dans les salles froides du 2e étage de la Maison des Arts où le chauffage ne parvient à s'installer. Les tuyaux des radiateurs gris claquent, grognent. On tourne la molette avec espoir. Dans un sens ou dans l'autre, le résultat est le même. Dans ma résidence, les étudiants ouvrent leur radiateur dès que la chaufferie est en marche. Et ils ne nuancent pas. Ainsi, les tuyaux restent brulants tout l'hiver, voire plus. Je m'abstiens alors d'ouvrir le mien, les excès des appartements chauffant mon T1 Bis par le sol, les murs et le plafond. Dès que je rentre chez moi, j'ôte mon pull, devenu superflu.

            Dans le pot où reposent les brosses à dents, je laisse toujours traîner un pinceau, un feutre fin ou un crayon à papier. Je prends ce que je trouve et en un geste l'insère dans mes cheveux enroulés. Dans le grand miroir, je me découvre un peu passée, moins fraiche que le matin. Le rouge à lèvres est bien sûr parti, le fard à joue s'est estompé, le noir sur mes yeux s'est émietté. J'ai le visage pollué par ma journée urbaine. Mes cheveux bruns ré-haussés en chignon laissent apparaître les blancs qui se font de plus en plus nombreux. Je ne compte plus, je ne cherche plus à dissimuler et je mise sur le charme du "poivre et sel". Déjà pieds nus, j'ôte mon collant. il m'emprisonne. Il devient insupportable après une journée de marche et de cours. J'éprouve un grand bonheur à m'en débarrasser. Quoiqu'on en dise, ils serrent toujours trop à la taille, font des marques et trouvent quand même le moyen de descendre. Pieds et jambes nus, je défais mon haut. En sous vêtements, je retrouve mes deux cendriers au creux des épaules, ma taille fine, peut être un peu trop même, mes bras maigres. Je me déporte du miroir et monte dans la baignoire. L'eau chauffe rapidement, il me faut du temps afin de trouver la température adéquate. Après m'être savonnée scrupuleusement, je ferme les yeux. C'est mon moment. Je me retrouve. Je laisse l'eau couler sur mon cou et descendre le long de mon torse. Je fais en sorte que la température soit de plus en plus élevée, jusqu'à ce que la vapeur soir visible, que ma peau marque un peu, que cela brûle très légèrement. Je souffle, je fais le vide. Un peu saoulée, je m'enroule dans mon peignoir et je m'aperçois floue dans le miroir embué. En attendant, je m'assoie contre le mur, en face du placard, sous le lavabo. J'ajoute une serviette sur mes jambes. J'attends dans la chaleur rassurante de la petite salle de bain humide. Quelques gouttes perlent encore le long de mes jambes. Des petites mèches de cheveux bouclent.
Un chat gratte à la porte. Il trouve un ouverture et me rejoint, emportant avec lui la relative fraicheur du reste de l'appartement. Étonné de me voir ainsi assise, il fait le tour, passe sous mes jambes, pose sa patte sur mon bras ou commence à jouer avec le lien éponge de mon peignoir vert anis.

pegnoireva

Le miroir est désormais clair. La buée s'est dissipée. Sur un coton circulaire, je mets une lotion nettoyante. Après l'avoir passé sur mon visage, il ressort brun de pollution, pailleté par les restes de mon fard à joue bois de rose. J'efface les restes d'une longue journée. Je finis par les yeux et par une petite flaque de CK one dans mon cou. Après quelques autres conventions de fin de journée, j'enfile un pyjama fin. Le chat s'impatiente et par un grognement me fait comprendre qu'il a faim. Je me regarde du coin de l'œil, une dernière fois. J'éteins la lumière.

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03 septembre 2010

Photos du soir...

 

Posté par lafeedepovga à 22:36 - la vie de près - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

01 septembre 2010

Rentrée

Les transports en commun se remplissent peu à peu. Les étudiants s'y entassent. Ils ont tous un dossier ou une grande enveloppe à la main, un air soucieux et perdu. Le plus souvent, leurs parents les accompagnent. 
 

BUREAU DES CARTES ETUDIANTS 

La maman parle plus que son fils à qui on vient de donner une carte d'étudiant toute neuve : " Alors maintenant, il est tranquille ? ".



Sur le mur du bâtiment Accueil des
étudiants, les annonces se chevauchent : "parents sérieux cherchent logement propre pour leur fille", "deux jeunes femmes anglophones cherchent colocation..."

Le soleil tape sur le parvis aux dalles claires. Les étudiants plissent les yeux. Les représentants de la LMDE et de VITTAVI interceptent les nouveaux étudiants. C'est la criée : "Mon poisson, il est beau, il est frais, il est bonnnnn!".

Dans le tram, les plans TBC se déplient. "C'est bien le tram, quand même.".

VIRGIN PLACE GAMBETTA

Le rayon papeterie est pris d'assaut. Comme d'habitude, les filles se jettent sur les agendas QUO VADIS Ben ou se sentent très intelligentes en achetant celui où l'on cite du Baudelaire. Certaines en achètent même plusieurs. D'autres s'extasient devant des petits crayons parfumés. ( Je vous épargne les "je kiffe, je surkiffe, c'est trop mignon!" ainsi que les cris accompagnant habituellement ces arguments pertinents ).
Elles se retrouvent entre copines, après leurs vacances. Elles ont toutes les jambes bronzées, le petit s
hort en jean et les grosses lunettes comme Maman.


Dans le tram, une jeune fille discute avec sa mère de son avenir post-bac. Elle n'arrive pas à choisir entre le concours de médecine et celui de la gendarmerie.  

BUREAU DE LA RÉSIDENCE

Les parents s'inquiètent, les visites ont pris du retard. Tous les appartements sont réservés. Les voitures stationnées dehors sont pleines. Sacs IKEA bleu moche, cartons neufs qui s'amoncellent dans le local poubelle.

*

Fini le calme estival. Les pots d'échappements fument, la rocade ronronne, des stylos neufs remplissent des formulaires et des chèques. On signe un nouveau bail

 

Posté par lafeedepovga à 18:37 - les rues de bdx - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

06 juillet 2010

je passe le balai.

Septembre.

un lundi matin, ou peut être un dimanche soir. Je rentre à Bordeaux en voiture.

Je sors du garage avec 5 ou 6 poches, le coeur battant. J'ai peur. Je regarde vers les fenêtres de mon appartement, au 2e étage. Les rideaux sont ouverts.
Je passe par ma boîte aux lettres, je l'ouvre et j'y trouve une clé. le double. Je ferme les yeux et respire profondément. "Il l'a fait".

En entrant dans l'ascenseur, je me découvre blanche, les traits tirés.

2e étage. j'avance vers ma porte. je la ferme d'habitude d'un seul coup de clé. Elle est fermée à double tour.

J'entre. Rien n'a changé, pour l'instant. Mais dans la grande pièce, cela sent le vide, le débarrassé vite fait. Le sol est poussiéreux. La télé a disparu. Elle laisse un grand vide. Un câble antenne traîne à terre. 
Toutes les choses semblent avoir été bougées, et replacées, négligemment.

Sur mon bureau ont été entassés des tableaux sous lesquels je trouvais des photos d'identité ternies par un porte feuille, des petits mots doux que l'on s'était adressés et d'autres choses, je ne me souviens plus. Sur le sol, le détail d'un bail signé quelques semaines auparavant, mis en scène. Il a été jeté, ou peut être posé, de manière colérique. Il hurle et me crie que je n'aurais pas dû.
Je m'écroule sur le lino froid et secouée de sanglots, je me dis que je n'ai pas eu le choix. On ne me l'a pas laissé. Et pourtant, on m'affirme que j'ai fait le mauvais. Mais personne n'avait compris, personne ne savait vraiment. Cela n'empêche pas de juger.

Désormais, j'étais seule, dans mon T1 Bis. Tout en séchant mes larmes, je rangeais toutes les affaires qu'on aurait peut être voulu que je jette. Je replaçais les tableaux. Je rangeais un paquet de feuilles dans un coin.

je jetais, découpais, classais.
je passais le balai,

 

je passais le balai...

 


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02 juillet 2010

La délicatesse.

30 juin 2010. 18h39

Jambes croisées, encore rougies par l'épilation, robe beige près du corps, assise dans un canapé de cuir jaune/ocre... J'attends. La salle dans laquelle je suis est faite pour cela. Il faut ATTENDRE. Et en silence. Cela sent le propre, l'aseptisé, le lavé très souvent. Sur une étagère traînent des bibelots disposés à intervalles réguliers : bougies, sculptures en bois, vase asiatique, livres, jeu de mikado...

J'attends. j'entends des voix, lointaines, mais impossible de comprendre. J'en distingue seulement le genre.
Il règle ici une fraîcheur étonnante, celle d'une pièce que l'on n'ouvre jamais, une chambre de grand mère qui doit rester secrète, dans une maison en pierre. 

J'ai terminé le livre que l'on m'avait offert il y a quelques mois.

La Délicatesse de David Foenkinos  ( que ceux qui n'ont pas lu le livre s'arrêtent ici ).
En règle générale, j'aime qu'un livre me secoue, me transporte, et me pose problème, parfois. Celui-là, je l'ai lu et je l'ai refermé. L'histoire en elle-même n'est pas très originale : une femme perd son mari ( écrasé durant son jogging en traversant bêtement la route ). Cette dernière travaillant dans une entreprise suédoise où l'on ne mange que des Krispolls ( Comment dit-on déjà ??) plaît beaucoup à son patron. Or, ce n'est pas réciproque et le fantôme du mari rôde encore. La patron en souffre d'autant plus qu'elle s'attache à un de ses collègues suédois, un homme "quelconque". Ils s'embrassent sur leur lieu de travail et démissionnent tous les deux, ne supportant plus les regards interrogateurs et les réflexions déplacées de leurs collègues. Le roman s'achève au moment où ils se retrouvent chez la grand mère de la jeune femme. Ils font l'amour dans un lit froid, à la lueur d'une bougie et font une partie de cache-cache dans le jardin au petit matin.  J'aime qu'un livre me bouscule, qu'il me laisse un arrière goût ; là, l'histoire est trop simple pour que ce soit le cas. je crois sincèrement que beaucoup de personnes seraient capables d'écrire un tel roman. le livre est (trop) facile à lire, le style trop peu travaillé. Pas de place pour de grandes réflexions métaphysiques. 
C'est une histoire mignonne, triste puis mignonnette.  Je n'ai ni voyagé, ni réfléchi, ni ouvert mon dictionnaire. Donc, ce livre est, à mon humble avis, gentil, sympa, léger mais pas transcendant. 

J'adhère complètement à la critique suivante : IcI

19h02 

Un homme vient de me rejoindre dans la salle d'attente. Il s'installe en face de moi, et la gène nous rejoint. On ne peut pas se regarder car on est seuls. Il n'y a aucun bruit, et j'entends seulement ses battements de cils, son ventre, ses bâillements. Le moindre mouvement fait un vacarme terrible. Il fouille dans son sac, prend un bonbon, ou quelque chose comme ça ( après tout, je ne le regarde pas). Le fait qu'il se soit assis en face de moi l'inclut forcément à mon champ de vision. Il sort son chéquier, découpe un chèque. Il fait passer le temps car le silence est pesant. Il n'y a plus que le bruit de mon stylo sur le carnet et ma main de plus en plus moite qui frotte sur le papier.  J'entends la porte du cabinet s'ouvrir. Je ferme rapidement mon carnet, jette mon stylo dans mon sac. Je me lève, salue l'homme en le regardant dans les yeux pour la deuxième fois. 
 "Bonsoir Madame".


Posté par lafeedepovga à 17:23 - la vie, etc. - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

28 juin 2010

Périgord Vert

28 juin 2010 - entre 13h et 14h

Entre chaleur et fraicheur, assise près d'une table ronde sous un grand érable, j'hésite à quitter mon gilet. Je le dégraffe, seulement. Ce lundi a une allure de dimanche. Il y a peu de circulation et je suis là. D'habitude, je rentre dès le dimanche soir à Bordeaux. j'ai décidé cette fois-ci de prolonger mon week end en Périgord Vert. En cette saison, je m'y sens bien. L'hiver rend cette région triste, et il dure trop longtemps.
J'y retrouve tout ce qui me manque à Bordeaux : l'herbe humide du matin dans laquelle j'aime marcher pieds nus, des chants d'oiseaux de toutes sortes, des arbres à perte de vue, des légumes pleins de terre que papa vient de récolter dans le jardin, un petit chat qui m'attaque les pieds lordque je les remue un peu trop, et puis, le calme. Pas de rocade qui ronronne, pas de klaxon, ni de sirène. Juste du silence. Quelques fois, un avion gronde ou le voisin appelle son chien.

Je retire mon gilet.
Mes longs cheveux bruns me chatouillent mon dos nu.

Toutes les odeurs qui tournent ici me rappellent mon enfance. Celles de la maison n'ont pas changé. Chaque pièce, chaque objet a son odeur.
J'entre dans ma chambre, et je me revois enfant : un village de Barbies et un circuit automobile.
je me revois collégienne : des affaires bien rangées, du point de croix, et encore un peu de barbies.
Je me vois lycéenne : des livres partout, un ordinateur sur lequel je poste régulièrement des appels au secours, des stylos, des feuilles avec des équations avortées.

Ma chambre ne change plus. Mon départ a stoppé net son évolution. Il y traine encore des feuilles de DM de maths, des annales de physique et de chimie, des partitions autour du piano et sur les murs, des posters de Mylène Farmer et de Björk et des photos.

Dans la maison, rien n'a changé non plus. Dans un coin de la table de la cuisine s'entassent des articles de journaux locaux dans lesquels je suis citée et/ou en photo, concernant Musique Buissonnière la plupart du temps. Maman les découpe scrupuleusement et les date.
"On ne sait jamais, ça peut servir. Et puis... ça fait des souvenirs."

En sortant acheter le journal au village, ce matin, on a rencontré une dame que maman connaît.
"Oh ! c'est votre fille?! Elle a changé ! Qu'est ce qu'elle a grandi !! ( elle ressemble à sa maman etc. )" : le genre de choses que les enfants n'aiment pas entendre, parce que cela va de soi. Les gens oublient peut être que le temps passe vite aussi chez les autres.

Cet après midi, nous allons voir un couple d'amis de mes parents. Le mari est atteint d'un cancer. Ils vont me trouver changée, mais je crois que moi aussi, malheureusement.

20h30.

Nous sommes rentrés sous un ciel d'orage. les nuages ont déversé toute leur colère sur la campagne asséchée. Les tracteurs avec des remorques pleines de bottes de foin se bousculent sur les petites routes. les terrasses de jardin se mouillent, les piscines des enfants se remplissent d'une eau jaunâtre.
On respire un peu, enfin.

Contrainte à rester à l'intérieur, je me suis jettée sur mon lit en attrapant mon carnet. J'observe mon reflet dans le miroir de la grande armoire, en face de moi. Je suis habillée en noir, comme souvent, maintenant. Cela ne m'arrivait jamais auparavant. Je contraste terriblement avec cette chambre éclatante de couleurs. Les serpentins et les fleurs en papier ont tout de même pris la poussière. Trois ans ont passé, trois ans pendant lesquels je ne faisais que passer. Le piano reste ouvert. Mes petites mains ne supportent plus la lourdeur de son clavier. Il ne s'y passe plus rien. Lorsque je reviens, je me réapproprie le lieu, il y a encore une part de moi qui s'y retrouve.

Mais ma vie n'est plus là. je le sens. C'est comme si j'appuyais sur PAUSE.
C'est étrange, il n'y a qu'ici que je parviens à écrire.

Mimi arrive, saute sur le lit et s'amuse beaucoup avec mon stylo qui s'agite. Je m'arrête là. (et je retire ce que j'ai dit !)

Posté par lafeedepovga à 22:00 - la vie, etc. - Commentaires [3] - Rétroliens [0]