26 octobre 2010 - 22h55.

        3 mètres sur 1. Le sol est le même que dans la pièce principale, un lino imitation parquet sombre. La vasque, la petite baignoire et les toilettes sont de couleur blanche. Il n'y a plus qu'un petit spot au dessus du miroir du lavabo qui éclaire.

La petite salle de bain est sombre. Je m'y enferme. C'est la fin de la journée. J'ai les oreilles qui bourdonnent, la tête remplie de déchiffrages chantés, d'actes de colloques, d'images d'étudiants moutons et tristes et de divergences esthétiques. Le pull que je mets le matin avant de sortir de chez moi me sauve dans les salles froides du 2e étage de la Maison des Arts où le chauffage ne parvient à s'installer. Les tuyaux des radiateurs gris claquent, grognent. On tourne la molette avec espoir. Dans un sens ou dans l'autre, le résultat est le même. Dans ma résidence, les étudiants ouvrent leur radiateur dès que la chaufferie est en marche. Et ils ne nuancent pas. Ainsi, les tuyaux restent brulants tout l'hiver, voire plus. Je m'abstiens alors d'ouvrir le mien, les excès des appartements chauffant mon T1 Bis par le sol, les murs et le plafond. Dès que je rentre chez moi, j'ôte mon pull, devenu superflu.

            Dans le pot où reposent les brosses à dents, je laisse toujours traîner un pinceau, un feutre fin ou un crayon à papier. Je prends ce que je trouve et en un geste l'insère dans mes cheveux enroulés. Dans le grand miroir, je me découvre un peu passée, moins fraiche que le matin. Le rouge à lèvres est bien sûr parti, le fard à joue s'est estompé, le noir sur mes yeux s'est émietté. J'ai le visage pollué par ma journée urbaine. Mes cheveux bruns ré-haussés en chignon laissent apparaître les blancs qui se font de plus en plus nombreux. Je ne compte plus, je ne cherche plus à dissimuler et je mise sur le charme du "poivre et sel". Déjà pieds nus, j'ôte mon collant. il m'emprisonne. Il devient insupportable après une journée de marche et de cours. J'éprouve un grand bonheur à m'en débarrasser. Quoiqu'on en dise, ils serrent toujours trop à la taille, font des marques et trouvent quand même le moyen de descendre. Pieds et jambes nus, je défais mon haut. En sous vêtements, je retrouve mes deux cendriers au creux des épaules, ma taille fine, peut être un peu trop même, mes bras maigres. Je me déporte du miroir et monte dans la baignoire. L'eau chauffe rapidement, il me faut du temps afin de trouver la température adéquate. Après m'être savonnée scrupuleusement, je ferme les yeux. C'est mon moment. Je me retrouve. Je laisse l'eau couler sur mon cou et descendre le long de mon torse. Je fais en sorte que la température soit de plus en plus élevée, jusqu'à ce que la vapeur soir visible, que ma peau marque un peu, que cela brûle très légèrement. Je souffle, je fais le vide. Un peu saoulée, je m'enroule dans mon peignoir et je m'aperçois floue dans le miroir embué. En attendant, je m'assoie contre le mur, en face du placard, sous le lavabo. J'ajoute une serviette sur mes jambes. J'attends dans la chaleur rassurante de la petite salle de bain humide. Quelques gouttes perlent encore le long de mes jambes. Des petites mèches de cheveux bouclent.
Un chat gratte à la porte. Il trouve un ouverture et me rejoint, emportant avec lui la relative fraicheur du reste de l'appartement. Étonné de me voir ainsi assise, il fait le tour, passe sous mes jambes, pose sa patte sur mon bras ou commence à jouer avec le lien éponge de mon peignoir vert anis.

pegnoireva

Le miroir est désormais clair. La buée s'est dissipée. Sur un coton circulaire, je mets une lotion nettoyante. Après l'avoir passé sur mon visage, il ressort brun de pollution, pailleté par les restes de mon fard à joue bois de rose. J'efface les restes d'une longue journée. Je finis par les yeux et par une petite flaque de CK one dans mon cou. Après quelques autres conventions de fin de journée, j'enfile un pyjama fin. Le chat s'impatiente et par un grognement me fait comprendre qu'il a faim. Je me regarde du coin de l'œil, une dernière fois. J'éteins la lumière.