Lorsqu'elle se rend chez lui, elle trouve toujours le chemin trop court. Tout droit, puis à gauche. C'est un quartier calme. Elle se devine dans les vitres des voitures. Il fait rarement beau lorsqu'elle y va. Elle patauge sur un goudron accidenté et détrempé. Pas de bruit, juste un sifflet, parfois. Pas d'odeur particulière. Du vent, surtout. Arrivée dans La rue, elle se dit à chaque fois : "Déjà...". Elle voit d'ici le portillon sur lequel est inscrit son nom... Chaque pas a de l'importance, chaque pas a de plus en plus de poids. Elle a retenu l'ordre des maisons, la couleur des portails, les voitures qui stationnent. La dernière est rouge. Elle s'y regarde vaguement, une dernière fois, et pousse le portillon.


Ils se quittent toujours de la même manière. Il ne sourit pas, elle essaie. A la porte, elle lui adresse un dernier regard. Lui, non. Il baisse la tête et ferme. Elle capte le dernier souffle, elle prend avec elle les odeurs de chez lui, la sienne, comme si c'était la dernière fois. Et elle en a toujours l'impression. Elle se retourne et part en direction de la route. Ses pas sont encore plus lourds qu'à son arrivée. Elle aimerait être pieds nus, que le bruit de ses talons sur le béton ne gâche pas ce moment. Le jardin est éclairé par la lumière du salon, libérée par une large fenêtre. Son ombre passe, elle le voit, il évolue comme si tout était normal. La vie reprenait. Elle marchait dans le vent, encore. Ses cheveux lui fouettaient le visage, lui mettant sous le nez son odeur, son parfum dont ils étaient imprégnés. Elle le portait en elle. Puis il la quittait peu à peu. Il ne devait pas rester.
Elle ne devait plus y retourner. Elle faisait le chemin, une dernière fois. Pas une larme. Juste une tonne de questions.
Et le cœur qui pique, qui démange.